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Traduction et usage du N... word en français : De Dix petits nègres à Ils étaient dix
Translation and use of the N... word in French: From Ten little niggers to They were ten
Traduction et usage du N... word en français : De Dix petits nègres à Ils étaient dix
Cadernos de Tradução, vol. 44, no. 1, e94511, 2024
Universidade Federal de Santa Catarina
Received: 26 May 2023
Accepted: 24 November 2023
Published: 01 March 2024
Résumé: Lors de la parution en 2020 de la retraduction française du roman Dix petits nègres d’Agatha Christie, rebaptisé Ils étaient dix, la Christie Corporation a déclaré que cette nouvelle version de l’œuvre a[vait] du sens. Selon le communiqué, au siècle de l’auteure le langage était différent. Afin d’interroger le bienfondé de cet argument, notre étude porte sur la traduction et usage du terme Nigger/Nègre (nom/adjectif) en français métropolitain. Le corpus est composé de l’œuvre originale Ten Little Niggers (1939), sa traduction interlinguale (1940) et retraduction?(2020). Ces concepts-ci sont examinés dans la première partie de l’étude à l’appui des bases théoriques de l’intertextualité. La deuxième partie suit le parcours de la lexie aux États-Unis à travers notamment la popularisation de la comptine éponyme originale. La troisième partie vise à démontrer qu’à l’instar du statut sociolinguistique du N… word aux États-Unis, Nègre/nègre n’a jamais intégré le vocabulaire usuel du français. Ce sont-là autant d’éléments qui permettent de contester voire invalider l’argument présenté par les ayants-droits de l’auteure. La conclusion expose les résultats du baromètre des discriminations en France CRAN/IPSOS (2023) et souligne la nécessité de déconstruction de l’imaginaire colonial institutionalisé.
Mots-clés: Nigger/Nègre, sociolinguistique lexicale, traduction intralinguale, retraduction, déconstruction d’imaginaires.
Abstract: When the French retranslation of the novel Ten Little Niggers, by Agatha Christie, renamed They were ten, was published in 2020, the Christie Corporation declared that this new version of the work makes sense. According to the press release, in the century of the author the language was different. To question the validity of this argument, our study focuses on the translation and use of the term Nigger/Nègre (noun/adjective) in metropolitan French. The corpus is composed of the original work Ten Little Niggers (1939), its interlingual translation (1940) and retranslation (2020). These concepts are examined in the first part of the study in support of the theoretical bases of intertextuality. The second part follows the journey of the lexie in the United States, notably through the popularization of the original eponymous nursery rhyme. The third part aims to demonstrate that, like the sociolinguistic status of the N… word in the United States, the lexie Nègre/nègre has never integrated the usual vocabulary of French. These are all elements that make it possible to contest or even invalidate the argument presented by the author's heirs. The conclusion exposes the results of the CRAN/IPSOS discrimination barometer in France (2023) and underlines the need to deconstruct the institutionalized colonial imaginary.
Keywords: Nigger/Nègre, lexical sociolinguistics, intralingual translation, retranslation, deconstruction of imaginaries.
1. Introduction
And Then There Were None (1939) d’Agatha Christie raconte l’histoire de dix personnes de différents niveaux sociaux attirées dans un manoir sur une île sur la côte anglaise, nommée Nigger Island/Île du Nègre, pour y être méthodiquement tuées. Les meurtres suivent l'ordre dans lequel dix petits garçons niggers/nègres meurent dans une comptine dont une copie encadrée figure au-dessus de la cheminée de chaque chambre de l'hôtel particulier.
Les nombreuses adaptations du roman policier de Christie en pièces de théâtre, films, séries, jeux de société, jeu vidéo, témoignent de son influence dans le genre tout en garantissant sa place parmi les livres les plus vendus de tous les temps (Guinness World Records, 1995).
Toutefois, dès sa sortie aux États-Unis en 1940 l’œuvre a suscité la controverse en raison du titre original Ten Little Niggers (1939), lequel renvoie à la comptine éponyme, fil conducteur de l’intrigue. En France, l’un des derniers pays où la traduction de l’œuvre depuis l’anglais britannique (1940) restait inchangée, sa récente retraduction rebaptisée Ils étaient dix (2020), a ravivé la discussion sur le maintien et/ou l’usage du terme Nègre/nègre, notamment en domaine littéraire.
Du côté de la Christie Corporation, dans un entretien largement relayé par les médias français et internationaux, James Prichard (2020) a déclaré que la retraduction de l’œuvre “a[vait] du sens car en 2020 [n]ous ne devons plus utiliser des termes qui risquent de blesser”. Selon Prichard, “quand le livre a été écrit, le langage était différent”.
Ce débat médiatisé a aussi fait son entrée dans nos cours de traductologie où pour tenter de mesurer l’exactitude du discours de Prichard, par extension, son impact en traductologie, nous avons développé l’approche suivante.
Le corpus analysé est composé de l’œuvre originale d’Agatha Christie Ten Little Niggers (1939) et sa traduction intralinguale And then there were none, sa version française Dix petits nègres et sa retraduction Ils étaient dix.
Dans la première partie de l’étude, nous examinons respectivement les concepts de traduction intralinguale (Jakobson, 1963) et de retraduction (Berman, 1984, 1990). La démarche prend en compte les bases théoriques de l’intertextualité (Kristeva, 1969) pour éclairer nos positionnements à l’égard du statut sociolinguistique de la lexie ayant motivé les recours aux stratégies supra mentionnées.
Dans un deuxième temps, l’étude revisite le parcours de Nigger aux États-Unis (Kennedy, 2003) où, depuis, il a acquis le statut de mot tabou. Désormais orthographiée N… word nous suivons son cheminement à travers notamment la popularisation de la comptine originale (Anderson, 2009).
Nous démontrons dans la troisième partie qu’à l’instar de son statut sociolinguistique aux États-Unis, la lexie Nigger/Nègre n’a jamais intégré le vocabulaire usuel du français métropolitain (Oliveira, 2019, 2022). Ce sont-là autant d’éléments qui permettent de contester voire d’invalider l’argument majeur présenté par la Christie Corporation. Nous aurons paradoxalement constaté que la traduction interlinguale et la retraduction de l’œuvre de Christie, comme des œuvres en général, ne relève pas d’un choix politiquement correct mais possède des objectifs commerciaux clairs : la mise en place de ces stratégies est que le public continue de les acheter.
À l’appui des résultats du baromètre des discriminations en France CRAN/IPSOS (2023), la conclusion pointe la nécessité de déconstruction de l’imaginaire colonial, solidement institutionalisé. En effet, d’après ce sondage, la quasi-totalité des personnes noires vivant en France indiquent avoir été victimes, au moins une fois, de discriminations liées à la couleur de peau (R.L., 2023).
2. Traduire / retraduire
Antoine Berman (1984/1995, p.294) décrit l’opération traduisante comme “une création [permettant] à l’œuvre d’atteindre sa plénitude”. Loin de se configurer en une “simple dérivation d’un original supposé absolu”, Berman (1995, p.293) pose que la traduction est déjà présente dans l’œuvre qui est en soit un véritable “tissu de traductions” ou réseau intertextuel. Toute opération traduisante est ainsi bien plus que simple transmission du savoir car la tâche de la traduction est la “potentialisation” (Berman, 1995, p. 283), l’enrichissement de la langue et l’élargissement des réseaux culturels complexes. Berman (1995, p.76) appréhende alors la traduction comme “un devenir”. Nous verrons que tout cela s'applique également au procédé de retraduction.
Dans notre examen de Ten Little Niggers (désormais TLN) et sa traduction intralinguale And then there were none (ATTWN), et Dix petits nègres (DPN) et sa retraduction Ils étaient dix (IED), l’approche est élargie à l’aide du concept d’intertextualité.
2.1 Traduction intralinguale
Jakobson (1963) a bâti son notoire schéma de la communication autour des fonctions référentielle, expressive, conative, phatique, métalinguistique et poétique (chapitre 5). Selon le linguiste, traduire est un acte de communication qui implique toutes ces fonctions. Dans “Aspects linguistiques de la traduction” (chapitre 4), Jakobson distingue trois manières d’interpréter le signe linguistique, à savoir les traductions intersémiotique, interlinguale et intralinguale.
La traduction intersémiotique implique le transfert d'un texte, c’est-à-dire d'un code à un autre, par exemple, de la langue écrite à la langue des signes, ou de la littérature à l'image. En somme, ce procédé vise à transmettre le sens et la signification du texte source dans un autre code ou un autre mode de communication.
La traduction interlinguale ou traduction linguistique implique le transfert d'un texte d'une langue à une autre, en respectant autant que possible la structure syntaxique, les éléments sémantiques et les nuances de sens du texte original. Cette stratégie vise ainsi à établir une équivalence linguistique entre les textes source et cible.
La traduction intralinguale1, celle que nous traitons ici, consiste en l'interprétation des signes linguistiques au moyen d'autres signes eux aussi linguistiques de la même langue2. Cela se configure par le recours, dans une interaction orale ou écrite donnée, à des éléments lexicaux, phrastiques et/ou stylistiques diversifiés permettant à deux [ou des] usagers d’une même langue à mieux se faire comprendre.
Dans le cas de TLN (1939), rebaptisée ATTWN (1940), l’exclusion du N…word a eu un effet domino menant à la fois au changement de titre et de la comptine éponyme. D’autre part, il s’avère que ce transfert intralinguale de l’anglais britannique (TLN) vers sa variante étatsunienne (ATTWN) avait été approuvé par la romancière elle-même qui, soulignons-le avec l'historien Jean Garrigues (2020), sentait [déjà] le poids négatif que [le maintien de la version originale] pouvait jouer sur des populations. Par ailleurs, la décision de Christie nous remet déjà − en quelque sorte − à la question de l’éthique de la traduction.
Un demi-siècle plus tard on lit en effet que “l’essence de la traduction [et de la retraduction] est d’être une ouverture [à l’Autre], il s’agi[rai]t d’un dialogue où la saisie de soi ne passe pas seulement par la saisie de l’étranger, mais par celle que l’étranger a de nous” (Berman, 1995, p. 104). Conséquemment, la traduction est métissage et décentrement, sa base étant une réflexion sur l’œuvre à traduire. Dans une perspective intertextuelle3, cette réflexion est un processus où “[...] l’axe horizontal (sujet-destinataire) et l'axe vertical (texte-contexte) coïncident pour dévoiler un fait majeur : le mot (le texte) est un croisement de mots (de textes) où on lit au moins un autre mot (texte)” (Kristeva, 1969, citée par Limat-Letellier, 1998, p. 18−19)4. Dans ce sens :
[...] Il s’agit d’un phénomène qui oriente la lecture du texte, qui en gouverne éventuellement l’interprétation, et qui est le contraire de la lecture linéaire. C’est le mode de perception du texte qui gouverne la production de la signifiance, alors que la lecture linéaire ne gouverne que la production du sens
(Riffaterre, 1981, p. 5−6).Genette (1982, p.8), de son côté, souligne “une relation de coprésence entre deux ou plusieurs textes, c'est-à-dire […] la présence effective d'un texte dans un autre”.
Sur ces bases, il est juste de poser que tout transfert intralinguale requiert une concertation entre lecteurs et/ou le public en général, éditeurs, traducteurs et l’auteur de l’œuvre source, autour notamment un changement de registre, l’objectif étant en principe une meilleure intra-compréhension entre ceux et celles partageant une même variété linguistique. Tel est le cas du processus de transfert intralinguale TLN à ATTWN, lequel témoigne − du moins en surface − d’une certaine éthique de la traduction. Rappelons à cet égard que l’éthique fait appel à l'adhésion des individus aux valeurs plutôt qu'à l'observance des devoirs, la déontologie – théorie selon laquelle chaque acte moral doit être jugé selon sa conformité (ou sa non-conformité) à certains devoirs5 − fixe la limite entre ce qui est tolérable et ce qui est intolérable. Une dérogation à la déontologie est susceptible d'entraîner des sanctions. Ainsi, la publication littérale de TLN aux États-Unis serait un acte moral non-conforme au devoir de reconnaissance – dans le sens de compréhension, de respect − de l’Autre.
Nous verrons que le principe éthique déontologique s’applique aussi à la stratégie de retraduction.
2.2 La re/traduction
Au premier quart du 19ème, Schleiermacher (1813/2010, p. 57) aborde la question de la re/traduction, qu’il associe au concept de fidélité. À la question de savoir quels chemins doit emprunter le vrai traducteur pour rapprocher efficacement l'écrivain et son lecteur, Schleiermacher (2010, p. 57) écrit : soit le traducteur laisse l'écrivain aussi tranquille que possible et fait venir le lecteur à lui, soit il laisse le lecteur aussi tranquille que possible et fait venir l'écrivain à lui. Depuis, la traductologie récence bien d’autres dichotomies, à l’exemple de traduction de langue vs traduction de texte (Mounin, 1963), traduction ethnocentrique vs traduction éthique (Berman, 1984, 1990), traduction hypertextuelle vs traduction poétique (Meschonnic, 1999), domestication vs étrangéisation (Berman, 1984; Venuti, 2004).
Dans La retraduction comme espace de la traduction (1990), Berman se penche sur les raisons des retraductions et soutient que celles-ci émergent parce que les traductions vieillissent et se décomposent. Aussi, les retraductions existent pour effacer ou au moins pour alléger l'échec originel (ou défaillance). Selon l’auteur (1990, p. 1−7), les premières traductions seraient généralement défectueuses en raison notamment de leur niveau de langue, inférieur à celui de la langue source.
À l’instar de Berman, Bensimon (1990, p. 9−13) pointe la domestication de l'œuvre étrangère comme le problème des premières traductions.
La première traduction procède souvent − a souvent procédé − à une naturalisation de l'œuvre étrangère ; elle tend à réduire l'altérité de cette œuvre afin de mieux l'intégrer à une culture autre. Elle s'apparente fréquemment − s'est fréquemment apparentée − à l'adaptation en ce qu'elle est peu respectueuse des formes textuelles de l'original. La première traduction vise généralement à acclimater l'œuvre étrangère en la soumettant à des impératifs socio-culturels qui privilégient le destinataire de l'œuvre traduite. Ainsi, par exemple, les traducteurs qui ont opéré des coupures dans le texte d'origine ont-ils eu pour préoccupation maîtresse d'assurer une meilleure réception auprès de leur public
(Bensimon, 1990, p. 9−13).Les deux auteurs soutiennent que les traductions domestiquantes effacent l'altérité de l'original pour mieux l'intégrer dans une autre culture et concluent sur l’importance des retraductions dont le rôle est de montrer l'étrangeté et l'exotisme de l'original.
Dans un article de 1994, Yves Gambier (1994, p. 414) partage l’avis de Berman et Bensimon, à savoir les premières traductions seraient orientées vers la langue/culture cible, tandis que les retraductions seraient orientées vers la source.
En 2004, Venuti souscrit, lui-aussi, à l'orientation source de l'hypothèse de retraduction de Berman (1990). Il reconnaît le rôle, l'importance de l'étude de la retraduction en traductologie et préconise l’analyse textuelle, laquelle prend en compte les facteurs culturels et politiques qui lui donnent sens et valeur (Venuti, 2004, p. 27). À cet égard, Venuti souligne le lien entre le texte original et le réseau de relations (intertextualité) entre les textes. En bref, l’auteur soutient l'hypothèse bermanienne, certes, mais élargit la discussion en incorporant des facteurs culturels, politiques et commerciales susceptibles d’affecter le processus de retraduction6, ces thèmes-ci sont par ailleurs présents dans ses recherches dès 1986 :
L'idéologie de la consommabilité peut être considérée comme un déterminant externe de la traduction : elle est imposée par les éditeurs en partie en réponse aux chiffres de vente, ce qui signifie qu'elle rattache le texte à une autre pratique sociale relativement autonome, à savoir le métier d'éditeur, pratique généralement économique dans le capitalisme social
(Venuti, 1986, p. 187).Dans le cas de la retraduction française de l’œuvre de Christie, l'intention commerciale de l'éditeur est un fait. Pressionné par les lanceurs d’alerte, les sites de ventes en ligne ont en effet suspendu la commercialisation de DPN. Sur le site web d’Amazon, on lit à ce sujet qu’“au cours de notre processus d’examen, nous avons constaté que le ou les livres [notamment DPN] ne sont pas conformes à nos consignes relatives au contenu. Par conséquent, nous ne répertorions pas ce ou ces livres à vendre” (Amazon, 2020). En bref, la retraduction a eu pour but d’assurer la continuité des ventes potentielles7.
Rappelons pour conclure que dans La retraduction : Ambigüités et défis (2011), contrairement à sa position dans l’article de 1994, Gambier revient sur l'hypothèse de Berman qu’il qualifie de simpliste. A ce propos, dans ce qui suit, nous verrons de quelle manière les explications historiques des retraductions sont beaucoup plus complexes qu’une mise à jour ou actualisation [d’œuvre donnée] pour des raisons de vieillissement.
3. Le N... word
Dans Nigger: The Strange Career of a Troublesome Word, Kennedy (2002/2020) raconte que jusqu'à la révolution des droits civiques aux États-Unis dans les années 1960, les Blancs du Sud ne s’adressaient pas aux Noirs par “M.” ou “Mme” mais les appelaient plutôt par leurs prénoms ou par des titres signifiant une personne âgée avec un statut servile, entre autres “Oncle” ou “Tatie”. Tout homme noir adulte, indépendamment de son âge était appelé “boy/garçon”, il s’agissait-là d’une autre façon de faire valoir l'étiquette Jim Crow.
Ces pratiques de dénigrement de la population noire n'ont été amorcées que lentement et comme on le sait, par la lutte. Ainsi, comme souligné par Kennedy, certains Noirs ont pris l'habitude de ne s'identifier que par leur nom de famille. Aussi, après que les Noirs se sont radicalement opposés à ce que terme Negro soit orthographié avec un n minuscule, on constate au cours de la décennie 30-40 que la capitalisation est devenue la règle, d’abord au très influent New York Times, ensuite U.S. Gouvernement Post Office et à la Cour Suprême.
Mais, la coutume à laquelle les Noirs s'opposaient le plus était d’être qualifiés de Nègres. Kennedy rapporte qu’en 1939 les sensibilités étaient si éveillées que The Niggers of the Narcissus (1897) de J. Conrad a dû être retiré des étagères ouvertes des bibliothèques scolaires ; aussi, après avoir reçu des centaines de lettres d’avertissements, Selznick a accepté de supprimer le mot nègre du script de son film Autant emporte de vent. D’autre part, comme rapporte Leff (1984, p. 151) au sujet des menaces qu’avaient reçu Selznick de la part des militants comme de ses producteurs, l’utilisation dudit mot8 serait “extrêmement dangereuse” et “pourrait créer des problèmes pour l'industrie”.
C’est dans ce contexte socio-historique mais aussi politico-mercantile que l’œuvre de Christie TLN (1939) est sortie aux États-Unis. Le fait que le titre renvoie à une comptine éponyme a suscité l’indignation du public et poussé l’éditeur étatsunien à rebaptiser le roman.
3.1 La comptine
Le changement du titre original a eu un effet domino engendrant l’adaptation progressive du contenu de l’œuvre en raison de l’histoire de la comptine dont s’est inspirée Christie. En effet, populaire au 19ème siècle à la fois aux Etats-Unis d’Amérique et en Angleterre victorienne (Sova, 1963, cité par Warren, 2012, p. 51−52) la comptine TLN est une adaptation de la chanson Ten Little Indians écrite par l'auteur-compositeur Septimus Winner en 1868 (Hofmann, 2004 ; Jennings, 2008). Jouée dans des spectacles de ménestrels − une forme de divertissement américain composé de sketches comiques, de danse et de musique − la version originale de Winner se fondait sur des clichés péjoratifs sur Amérindiens (Hofmann, 2004), aujourd’hui encore largement inculqués dans la mémoire collective.
En 1869, cette chanson folklorique a été reprise par Frank J. Green et Marc Mason, lesquels l’ont adaptée et rebaptisée TLN pour un spectacle de ménestrel produit au St. James Hall à Piccadilly, ce qui a hissé la chanson transformée en comptine en standard des spectacles de ménestrels au visage noir (Hofmann, 2004; Jennings, 2018).
Au long de cette période d’après-guerre civile, comme noté par Anderson (2009), à la suite de la libération des esclaves africains par la Proclamation d'Émancipation, alors que les anciens citoyens de la Confédération refusaient d’abandonner leur idéologie de l'infériorité des esclaves affranchis, ce folklore dit “comique” s'est particulièrement développé pour nourrir et ainsi propager cette croyance. TLN s’est popularisé à travers le pays dans deux genres distincts : celui des spectacles de ménestrels et celui des livres de comptines pour enfants. Au départ, il s’agissait de montrer des hommes blancs maquillés en noir exécutant des chansons et des danses : celles-ci caractérisées par un manque de coordination, celles-là par l’usage inapproprié de la langue anglaise. Peu à peu, ce style, popularisé sous le nom de Jim Crow, s'est développé avec l’arrivée de nouveaux interprètes, à savoir des esclaves récemment libérés qui, en dépit de leur peau foncée, adhéraient à la tradition du maquillage blackface. À l’instar des stéréotypes négatifs sur les Amérindiens dans Ten Little Indians9 il s’agissait cette fois-ci de “ridiculiser” (Jennings, 2018) les Noirs en les exposant, eux aussi, au travers des clichés latents de l’imaginaire collectif.
Ce folklore, déjà bien implanté sur le territoire américain au 19ème siècle, s’est mis à s’exporter dès les premières décennies du 20ème siècle, notamment en Europe10 où la comptine a été utilisée par Agatha Christie. Alors qu’on en recense des dizaines de versions11, le livre de Christie de 1939 reste sans doute la variation la plus connue du texte original.
Les lecteurs et lectrices contemporains de la comptine dont s’est inspirée Christie sauront identifier les stéréotypes qui y sont évoqués. D’autre part, avec Anderson (2009), nous estimons que certains passages du texte vont au-delà des stéréotypes et requièrent ainsi qu’on s’y attarde davantage. Parmi les extraits mis en exergue par l’auteure, nous en retenons deux. Le premier cas concerne la rime sur le personnage qui choisit de rester dans le Devon : “Huit petits nègres dans le Devon étaient allés, / L’un d’eux voulut y demeurer : n’en resta plus que sept”.
D’après son analyse, le changement de statut du personnage, de touriste à immigré, met en évidence une sorte de menace que la liberté de choisir, notamment de voyager, des anciens esclaves représenterait pour la zone de confort de la population blanche. Le second cas, concerne la rime du “seul personnage de la chanson qui travaille” (Anderson, 2009) : “Sept petits garçons nègres coupant des bâtons ; / Un s'est coupé en deux et puis il y a en a eu que six.”
Ici, la chercheuse attire l’attention sur le fait que le personnage n’effectue pas le travail typique d'un esclave, à savoir sur les champs, et argumente que :
S'il devait mourir dans un champ de coton, l'attaque de la chanson contre l'émancipation des esclaves échouerait. Cette strophe démontre les dangers d'un être ignorant et sous-humain avec une arme et fonctionne comme un avertissement contre l'embauche de Noirs et une vérification des peurs des Blancs. La strophe déconseille de donner [ne seraient-ce que] de[s] petites tâches telles que couper du bois aux esclaves libérés
(Anderson, 2009).En somme, le texte dont s’est inspirée Christie fait insidieusement ressortir les stéréotypes négatifs les plus virulents à l’égard des populations noires. Dans son texte, Anderson (2009) conclut qu’“une fois la liberté présentée, l'identité des hommes noirs est restée dangereusement entre les mains des Américains blancs, et les Américains blancs ont décidé que les hommes noirs seraient des nègres”.
Les analyses et positionnements exposés jusqu’ici sont à même de justifier pourquoi la version originale de l’œuvre a été jugée trop offensante pour le public étasunien. Alors que les éditions britanniques ont conservé le titre original jusqu’en 1985, certains éditeurs américains ont choisi de le remplacer par Ten Little Indians (entre 1964−198612). Ce choix a fait lui-aussi l’objet de contestations. Cette fois-ci, il est question de militants amérindiens, universitaires, activistes mais aussi des parents d’élèves (Warren, 2012, p. 52). Dans son manifeste de 2004, l’universitaire et activiste Hofmann a fait valoir que “[bien que] le titre de Christie ait changé au cours des 66 dernières années, son objectif a toujours été d'éliminer un groupe spécifique de couleur”. Hofmann poursuit en suggérant que le titre alternatif, And Then There Were None [derniers mots de la comptine Ten Little Indians], “présente [lui-aussi] un autre aspect du racisme enraciné, qui est celui du génocide...”. Selon Hofmann (2004), “Et puis il n'y en avait aucun” a souvent été le but recherché par de nombreux gouvernements coloniaux ou encore par des politiques du gouvernement américain.
Toujours est-il que l’œuvre originale de Christie aux États-Unis a dû être revue – traduction intralinguale − en fonction des avancés des droits des populations noire et autochtone, avec la participation active du public mais aussi avec l’accord de l’auteure lequel, à notre avis, rend futile la discussion en France sur la retraduction de l’œuvre. A cet égard, dans une tribune de Libération intitulée “Le nègre et le néant” le président de SOS Racisme écrit :
C’est une chose de penser qu’il n’est pas fondamental de changer le titre de ce livre dans sa version française. C’en est une autre de s’indigner qu’il soit changé. Que se passe-t-il alors chez des gens qui ont pu mener des combats antiracistes ou se vivent comme en ayant mené pour en arriver à ce point où la culture, la liberté d’expression, la République, l’universalisme, Aimé Césaire et Léopold Sédar Senghor - “pères” du mouvement de la négritude que beaucoup d’entre vous n’ont sans doute jamais lu - sont convoqués pour s’opposer publiquement à ce que même Agatha Christie, vieille lady du siècle dernier, entendait parfaitement dès 1940 ?
(Sopo, 2020).Il ressort de ce qui précède un devoir de mémoire à l’égard de la banalisation du N… word en français.
3.2 La lexie Nègre : terminologie, sémantique et scénographie13
Pour retracer le parcours des définitions de la lexie nègre dans le vocabulaire français, nous nous sommes référée à deux ouvrages de référence fondamentaux en terminologie et en sémantique, à savoir le Dictionnaire de l’Académie française (DAF) et le Dictionnaire historique et critique du racisme (DHCR) (Taguieff, 2013).
Le DAF se décline en neuf éditions : le vocable Nègre n’y fait son entrée qu’à la 4ème édition alors que Noir y figure dès la fin du 17ème siècle.
Dans les deux premières éditions du DAF (1694 et 1718) Noir y est décrit dans des fonctions adjectivale et nominale, cf. “noir, noire adj. Qui est de la couleur la plus obscure de toutes & la plus opposée au blanc. Noir (substantif) : la couleur noire. Il porte le noir.” Dans l’édition qui suit, Nègre, mentionné pour la première fois, est synonyme de Noir lorsque ce vocable-ci est employé dans des comparaisons contextualisées avec le mot Blanc, i.e. “Noir s. m. Nègre. Il se dit par opposition à Blanc. Il a trois Blancs & vingt Noirs dans sa sucrerie.” À l’appui des recherches menées par le DHCR, soulignons que ce basculement de Noir vers Nègre dans ce type de contexte spécifique s’est opéré progressivement à partir de la moitié du 17ème siècle :
[…] Avec la traite esclavagiste, le mot “noir” bascule vers le mot “nègre”. “Noir” ne désigne plus une couleur, mais un statut social, tout en bas de l’échelle. […] Les Africains vendus sur les côtes sont considérés comme du bétail de labeur. Le Noir ne désigne plus seulement un Africain, ni plus seulement une couleur. Le mot n'est que péjoratif : Blanc = maître ; Noir = esclave
(Renard, 2018).Ainsi, dans la 4ème édition, Nègre est un substantif variable en genre, Nègre, -esse, présentation que le mot conserve dans la 5ème (1798) et dernière édition du siècle des Lumières, à savoir “C’est le nom qu’on donne en général à tous les esclaves noirs employés aux travaux des colonies. Il a cent Nègres dans son habitation”14.
Déjà dans les deux éditions du 19ème siècle, l’entrée Nègre se résume d’abord à sa forme invariable Nègre (1835, 6ème éd.) pour apparaitre ensuite (1878, 7ème éd.) suivie de : voir aussi “Nègresse” (n.), dont la définition est “C’est le féminin de Nègre. Une jeune négresse. Une négresse marronne.” Aussi, Nègre, au même titre que Noir, Noire assume des emplois adjectivaux : “Nègre, s’emploie quelquefois adjectivement. La race nègre.” De ce qui précède, une distinction semble s’être opérée dans le sens où Négresse, substantif, se rapporte essentiellement à l’humain tandis que Nègre n’est humain que dans des comparaisons avec l’humain blanc dans les contextes prémentionnés. À l’appui des illustrations fournies par le DAF (ci-haut), on serait tentée d’observer une certaine tolérance sociale à l’égard de l’humain Négresse, le mot étant associé à la jeunesse ou encore à une gradation de la couleur noire vers la couleur blanche.
Sinon, il faudra attendre le 20ème siècle pour que la fin de la Traite des Noirs − achevée au 19ème siècle − soit mentionnée par le DAF et que Nègre, Négresse y soient présentés comme des humains (1935, 8ème éd.) : “Homme ou femme de la race noire”. Ces vocables demeurent toutefois associés aux contextes sociaux subalternes : “Elle a pris une négresse pour domestique” ; tandis que nègre dans sa fonction adjectivale est invariable et historiquement réservé aux domaines artistiques : “Ce mot est employé aussi comme adjectif. Il a alors pour féminin Nègre. Art nègre. Danse nègre. Musique nègre”.
Parue en 2020, la plus récente édition du DAF, la 9ème, est la seule à fournir l’étymologie du vocable, i.e. “XVIe siècle. Emprunté, par l’intermédiaire de l’espagnol negro, du latin niger, nigra, nigrum, ‘noir’”. Contrairement aux éditions précédentes, on y précise qu’il s’agit d’un (i) “[t]erme dont on usait autrefois pour désigner un homme noir, une femme noire (ce terme, souvent jugé dépréciatif, a été parfois revendiqué au XXe siècle par les Noirs pour affirmer leur identité) [...]”. Dans l’actuelle édition du DAF on lit que de nos jours la lexie nègre :
[...] Apparait dans des expressions familières telles que Traiter quelqu’un comme un nègre, le traiter avec beaucoup de dureté et de mépris. Travailler comme un nègre, travailler sans relâche, sans répit. Parler petit-nègre, parler avec les tournures et l’accent qu’on prêtait aux indigènes des colonies d’Afrique
(DAF, 9ème éd.).À ce sujet, du fait que le terme soit “souvent jugé dépréciatif” il serait judicieux de qualifier ces expressions de dépréciatives.
En somme, au 21ème siècle, lorsqu’on observe le parcours de cette lexie dans le vocabulaire français on s’aperçoit que si le signifiant nègre a accédé au statut de signifié “humain”, le signe nègre dénote et connote sa sémantique fondatrice (16ème siècle), celle d’individu sous-humain. Paradoxalement, lorsqu’il s’agit de conscientiser les usagers de la langue sur les dangers qui entourent la banalisation de son usage, des voix s’élèvent. La querelle autour de son exclusion de l’œuvre de Christie, domaine littéraire, est loin d’être un cas isolé. En effet, dans Oliveira (2019), nous en avons fait la démonstration en nous référant aux débats houleux sur ses emplois adjectivaux, qualificatif de spécialité culinaire, notamment en pâtisserie, vendues en France tels que tête de nègre, bamboula, négro, ou encore Mamadou. On retrouve ici des affrontements acérés entre les deux camps opposés, ceux qui déclarent ne voir ni avoir aucun problème avec ces désignations d’autant plus, argue-t-on, que certains de ces produits ont une tradition séculière [c’est-à-dire, datant de l’époque coloniale] ; et ceux qui les qualifient de “caricatures négrières”, “obscènes” et “injurieuses” (Siegel, 2015).
Selon les organisations associatives telles que le Conseil Représentatif des Associations Noires (CRAN) et Sortir du Colonialisme (citées entre autres, par Les Observateurs, 2019) il s’agit d’“un revival de l'imagerie coloniale la plus nauséabonde”. Le CRAN rappelle que la mode ou les traditions populaires peuvent également moquer la figure de l’homme africain, et demande des sanctions contre toutes ces formes de “déshumanisation”. En raison des protestations sans cesse renouvelées, les propriétaires des établissements concernés − lesquels, à l’instar de leur clientèle, se défendent de tout racisme − ont néanmoins, après moult concertations, accepté de changer le nom desdits produits. La pâtisserie appelée tête de nègre connait depuis de nombreuses traductions intralinguales selon les régions, entre autres tête de chocolat, tête choco, tête mousse ou encore boule choco.
En somme, le phénomène des retraductions n’est pas nouveau mais prend de l’ampleur depuis les années 1990. Collombat (2004, p. 1) parle d’“une vague de retraductions” qu’on observe notamment “vers le français” mais “pas seulement”. Avec l’autrice, on constate que “si ce phénomène a essentiellement touché le domaine littéraire, il s’étend aussi à […] bien d’autres domaines de connaissances” (Collombat, 2004, p. 1). Dans le cas de DPN à IET, nous ne saurions mieux faire que partager la pensée de Berman (1990, p. 1), à savoir la traduction étant le domaine “d’essentiel inaccomplissement”, il “incombe à la retraduction d’atteindre” ne serait-ce que “de temps en temps”, l’“accompli”.
4. Considérations finales
L’objectif de cet article était de démontrer que - contrairement à ce qu’a déclaré la Christie Corporation à l’occasion de la parution de la retraduction en français du best-seller Dix petits nègres, désormais titré Ils étaient dix (2020) − le langage n’était pas diffèrent au siècle de l’auteure britannique.
Pour ce faire, nous nous sommes intéressée au parcours sociolinguistique de Nigger/Nègre (nom/adjectif), à l’épicentre des polémiques, en particulier aux États-Unis et en France métropolitaine où ce mot demeure profondément associé à l’esclavage de l’humain noir, dont il est issu. Concomitamment, il a été rappelé – en particulier à ceux et celles qui n’ont pas lu le livre et/ou s’interrogent sur la légitimité de sa re/traduction intralinguale − qu’il ne s’agit pas d’une histoire centrée sur des personnages noirs et qu’il n’y a jamais eu d’île du Nègre au large des côtes anglaises. En fait, le terme nègre fait exclusivement référence à la comptine du même nom utilisée par Christie. On pose alors que la traduction intralinguale de cette lexie ne nuit en aucune façon l'intrigue tandis que son maintien – construit et façonné par l’imaginaire colonial esclavagiste – contribue à la banalisation de son usage mettant en lumière l’ethnocentrisme, socle du racisme institutionnel.
Ainsi, bien que les locuteurs du français se disent de moins en moins racistes (CRAN, 2023), les résultats du 2ème baromètre CRAN / IPSOS révèlent que 91 % des personnes noires en métropole se disent victimes de discrimination (CRAN, 2023). Selon la Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme (CNCDH), l’indice de tolérance à l’autre continue de progresser de forme alarmante.
Patrick Lozès constate le caractère absolu et général du phénomène [..], particulièrement frappant (CRAN, 2023). Le fondateur du CRAN lamente cette progression des idées haineuses sur Internet [comme] dans le débat public. Il précise que l’objectif de l’étude a été d’essayer de mesurer le phénomène. Résultat : il est massif. Lozès pose qu’[o]n ne peut pas laisser cette partie de la population être les damnés de la patrie ; et souligne qu’aujourd’hui les pouvoirs publics ne peuvent plus dire : On ne savait pas. Les chiffres sont là (CRAN, 2023).
Pour conclure, on sait que le concept d'ethnocentrisme s'est construit par analogie avec celui d'égocentrisme (Levi-Strauss, 1954). Dans le cadre de cette étude, on retiendra que lorsqu'il s'agit d'insister sur la normalisation de l'usage du mot Nègre/nègre, ces deux concepts se confondent avant que le second ne l'emporte sur le premier.
Remerciements
À Anna Christina Bentes pour l’accueil académique à l'Institut d'études linguistiques (IEL/Unicamp), aux partenaires de Cadernos de Tradução pour leurs commentaires et suggestions et à l'Université du Cap (UCT) pour son soutien financier.
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