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La production de l’ananas en Côte d’Ivoire : historique d’une activité à travers les cartes
Produção de abacaxi na Costa do Marfim: história de uma atividade por meio de mapas
Geografares, vol. 5, núm. 41, e-49730, 2025
Universidade Federal do Espírito Santo

Artigos


Recepción: 22 Agosto 2025

Aprobación: 17 Octubre 2025

Publicación: 20 Octubre 2025

DOI: https://doi.org/10.47456/geo.v5i41.49730

Résumé: Présentée comme une des cultures-drapeaux dans une bonne partie du sud forestier ivoirien en réponse à la crise qui jalonne le binôme café-cacao, l’ananas-culture, malgré un début timide, réussit à s’imposer. Son histoire est marquée d’épisodes alliant crise et succès en dépit d’impact qui ne souffre d’aucune contestation dans le sud forestier. Cette étude vise à faire son historique en Côte d’Ivoire à partir de supports cartographiques et diverses données secondaires. Les résultats issus de l’analyse de ces données montrent que l’ananas-culture ivoirienne contrairement à celle des pays latino-américains est une activité récente. Les premières initiatives caractérisées par une production d’ananas de conserve remontent en 1949 au large d’Ono-Salci. À la faveur de la politique de diversification agricole en 1970, l’ananas-culture connait une expansion spatiale peu remarquable. Géographiquement, l’activité reste tributaire des conditions agroclimatiques du sud forestier, au point d’en faire une culture spécifique de la zone.

Mots clés: Côte d’Ivoire, historique, ananas-culture, cartes.

Introduction

En Côte d’Ivoire, l’ananas-culture débute vers la fin de l’époque coloniale (1949). Cette initiative s’inscrivait dans le cadre de la mise en place d’un marché de consommation dans les pays occidentaux. L’ananas-culture était une activité de complément, voire marginale. Ce n’est qu’au lendemain de l’indépendance de la Côte d’Ivoire que l’ananas bénéficiera d’un attrait véritable de la part des populations et des autorités. La Côte d’Ivoire, en prônant un développement économique basé sur l’agriculture, a favorisé l’ananas-culture qui s’est propagée dans plusieurs localités selon le facteur naturel et humain. Le passage du stade de la culture à petite échelle à celui de l’appropriation par l’appareil de l’État s’inscrit dans l’amélioration des recettes budgétaires d’une part et d’autre part comme un moyen de lutte contre la pauvreté pour les populations. Cette décision conduit plusieurs localités avec Bonoua, située dans la région du sud-Comoé, comme fer de lance des zones productrices. L’influence de l’ananas-culture tant au niveau des campagnes qu’en milieu urbain est remarquable (Oura, 2013). Dans la ville de Bonoua, Coulibaly (2005) attribue l’installation d’institutions financières modernes telles que la Société Générale de Banque de Côte d’Ivoire (SGBCI), la Coopérative d’Épargne et de Crédit (COOPEC) et la Société Ivoirienne de Poste et d’Épargne (SIPE) dans la ville de Bonoua au succès de l’ananas. Toutefois, les difficultés qui jalonnent l’ananas-conserve conduisent à l’arrêt des unités de transformation dans la décennie 1980. Quant à l’ananas-export, ses performances vont être mises en difficulté par la trop grande exigence du marché international et la rude concurrence des producteurs latino-américains (Oura, 2013). Depuis 2002, l’ananas-culture est une activité dans un état comateux couplé d’épisodes de relance qui ne cesse de démarrer et redémarrer. Au niveau des espaces de production, l’ananas est remplacé par d’autres cultures telles que le manioc ou tout autre jugée plus rentable. Une reconfiguration spatiale qui s’observe a pour corollaire une perte d’identité de certaines localités jadis grande zone de culture d‘ananas. La présente étude se propose d’analyser l’historique de l’ananas-culture en Côte d’Ivoire.

Méthodologie

Les données utilisées dans le cadre de cette étude émanent d’une part d’études scientifiques qui nous ont permis de connaître les politiques misent en place en faveur de l’ananas-culture en Côte d’Ivoire et de contextualiser l’évolution de l’activité. D’autre part, les statistiques agricoles (portant sur le volume de production de l’ananas de 1970 à 1995) du Ministère de l’Agriculture couplées aux rapports d’activité de structures agricoles ont permis de faire l’inventaire des différentes localités impliquées dans l’ananas-culture. Les fonds de carte relatifs au découpage agroécologique de la Côte d’Ivoire datant de 1978 à l’échelle 1/20000000 proviennent de la cartothèque de l’Institut de Recherches et de Développement (IRD). Ces fonds ont été géoréférencés suivant le référentiel spatial WGS 1984 UTM ZONE 30 N via le logiciel Arcgis 10.2. L’étape de vectorisation a permis de les obtenir en fichier vectoriel aux fins de l’élaboration des cartes thématiques retraçant l’historique de l’ananas-culture en Côte d’Ivoire.

Résultats

L’ananas colonial : Une production de conserve localisée dans le sud forestier

La production de l’ananas en Côte d’Ivoire contrairement à celle des pays latino-américains était une activité relativement récente. Les premières initiatives remontent à la période coloniale avec la mise en place d’une conserverie à Ono-salci. Deux autres conserveries ont aussi vu le jour notamment celle de Tiassalé en 1952 (Société Africaine de Conserves « SAFCO ») et celle d’Abidjan en 1953 (Fruit Colonial Français « COLFRA »). Cette répartition des unités de production de conserves dans les environs quasi immédiats de la ville d’Abidjan n’est pas fortuite. En effet, la production de l’ananas était principalement destinée aux marchés occidentaux. Ce qui accordait au port autonome d’Abidjan un statut très important dans la structuration de l’activité. La carte ci-après rend compte de la localisation des pôles de production de l’ananas durant la période coloniale.

À l’analyse de la carte 1, il ressort que la production de l’ananas colonial est l’apanage de trois localités fortement impliquées dans l’ananas de conserve. On observe que les trois localités sont toutes dans le sud forestier. On constate une inégale répartition de l’activité à l’échelle nationale. Une préférence est accordée aux zones agroécologiques de la basse forestière (Abidjan et Ono-salci) et moyenne forestière (Tiassalé). Durant l’époque coloniale, chaque conserverie assure la transformation des fruits récoltés, à partir d’un bloc de culture, généralement proche de l’usine, ou d’exploitations villageoises dispersées dans un rayon de vingt kilomètres des villages. Cette géographie volontaire de l’activité dans les environs d’Abidjan repose sur le fait que l’ananas, fruit fragile devait être produit à une distance de 100 kilomètres d’Abidjan et de son port.


Carte 1
Espaces de production de l’ananas à l’époque coloniale
Sourcer : Orstom, 1978; Kouadio-Koffi, 1983; Colin, 1983.

En structurant ainsi l’activité par rapport au port, cela permet une rente en situation considérable. Aussi, la production usinée visait à desservir les marchés européens en jus en transitant par le port d’Abidjan.

Dès l’entame de l’activité, on note déjà une disparité entre les régions du nord et du sud dans l’établissement pionnier de l’ananas-culture en Côte d’Ivoire. Sur les trois (3) conserveries avant 1960, aucune localité du nord, ni même la zone préforestière ne bénéficie d’une installation. Le sud de la Côte d’Ivoire forestière abrite l’entièreté des installations. Les raisons qui justifient cette implantation de ces équipements de production dans le sud repose entre autres sur disponibilité des moyens de communication assurant l’évacuation des fruits (chemin de fer, route, lagune...), le facteur climatique. En effet, pour que la plante d’ananas connaisse un développement convenable et assurer des productions rentables, les moyennes pluviométriques annuelles doivent être supérieures à 1500 mm. En plus, il faut une bonne répartition des pluies pendant l’année, de manière à déclencher en temps opportun, la floraison et la fructification. L’ananas a certes besoin du soleil pour un bon aspect qualitatif du fruit cependant celui-ci a une forte incidence sur le taux de sucre, mais un rayonnement direct sur la plante conduit à des conséquences désastreuses. Autant de raisons qui ont certainement conditionné la répartition des établissements pionniers de la production de l’ananas en Côte d’Ivoire durant l’époque coloniale.

La montée des nationalismes en l’Afrique durant la période 1950-1960, va impacter la production de l’ananas. En effet, en 1958, la Guinée de Sekou Touré rompt toute relation diplomatique avec l’ancienne puissance coloniale française. Comme conséquence, plusieurs planteurs d’ananas blancs installés en Guinée vont prendre la direction de la Côte d’Ivoire. Ceux-ci spécialisés dans la production du fruit vert (l’ananas n’est pas usiné comme le faisaient jusqu’ici les conserveries ivoiriennes) avec leurs expertises causent un bouleversement dans l’ananas-culture ivoirienne. Ce vent d’indépendance qui souffle désormais sur l’Afrique Occidentale entraîne dans son passage la chute des choses (tout ce qui rime avec cette période) ironisant l’époque coloniale dans laquelle les planteurs africains ont appris à développer leurs activités agricoles. La conserverie COLFRA (le Fruit Colonial) située à Abidjan est contrainte de fermer ses portes à la veille de l’indépendance du pays.

Le pays ne possède desormais que la conserverie d’Ono-salci et de celle de Tiassalé qui constutuent le fer de lance de la production de l’ananas autour desquelles une nouvelle forme de production va se développer jusqu’à supplanter l’ananas de conserve.

Une activité spatialement diffusedans le sud dans les années 1960

En 1960, la Côte d’Ivoire accédant à l’indépendance ne rompt pas complètement avec les traits coloniaux, elle conserve le modèle de développement jusqu’ici basé sur son secteur agricole, ainsi, elle va le renforcer à partir de stratégies et politiques visant à accorder un rôle moteur à l’agriculture. Des cultures clés sont ainsi définies pour insuffler le développement des localités. L’ananas est compté parmi les cultures-drapeaux comme instrument de dynamisation des terroirs du sud aux vues des retombées financières qu’il génère. A cet effet des campagnes de sensibilisation, l’implication des élus locaux en vue d’inciter les populations à s’approprier ces cultures vont être faits. Il s’en suit donc un engouement croissant chez les populations. Ainsi, l’ananas-culture touche désormais plusieurs localités de la basse Côte d’Ivoire forestière (carte 2).


Carte 2
Configuration géographique de l’activité à partir de 1960
Source : BNETD, 2000 / Ortom, 1978 / MINAGRI, 1970.

À l’analyse de la carte 2, on observe que l’ananas-culture semble de plus en plus se renforcer dans le sud du pays. À partir de 1965, de nouvelles localités (Bingerville) s’adonnent à l’activité avant d’être renforcées en 1969 par plusieurs autres localités. L’ananas malgré cet engouement reste toutefois une activité tributaire de l’emplacement géographique du port autonome d’Abidjan. La Côte d’Ivoire semble conserver cette esquisse afin de pérenniser sa place quasi monopolistique sur les marchés occidentaux. Cependant, l’est-Comoé qui jusque-là réservé à l’ananas de conserve (avec une interdiction de création de plantations d’ananas-export) prend goût à la production de l’ananas-export. L’interdiction qui frappait cette zone était justifiée des conditions climatiques peu favorables (ensoleillement insuffisant) à une production répondant aux normes de qualité pour l’export en frais. Il a évoqué aussi le souci d’éviter une concurrence entre les deux types de production d’ananas, avec le risque de désaffection des petits planteurs vis-à-vis de la culture pour la conserverie. Cependant, dans les faits la règle n’est plus appliquée à partir de la fin des années 1970. De nombreuses autorisations étant accordées dans la région et des quotas d’exportation étant délivrée à des proches du régime sans que la capacité de production des attributaires ne corresponde à ces quotas (nombreux étaient ceux qui ne produisaient pas du tout). Ces derniers commencent alors à prospecter dans la région pour trouver des petits planteurs sous-traitants. Une pratique grandement facilitée par la préexistence du secteur de l’ananas de conserve. Ces plantations sont illégales non seulement parce que la production d’ananas pour l’exportation en frais est alors prohibée à l’Est-Comoé, mais aussi parce que la sous-traitance est interdite.

Ainsi prend forme peu à peu le développement d’un autre circuit d’exportation en fruits verts sur le marché occidental. Cette nouvelle donne tend à se répandre dans les nouvelles localités. D’importants circuits avec l’entrée en jeu de nouveaux acteurs (des planteurs Étrangers et Ivoiriens) qui mettent en place des moyens de contournement des conserveries en exportant dorénavant leurs productions. Cette nouvelle façon produit des conséquences importantes : la chute des besoins en fruits des conserveries, un essor fulgurant du marché du fruit. Face à cette situation de désordre, le ministère de l’Agriculture tente de mettre de l’ordre en octroyant des autorisations à des acteurs pour l’exportation. Malheureusement, le désordre était trop complexe. Ce laxisme conduira la Côte d’Ivoire à posséder désormais deux modes de production juste avant la mise en application de la politique de diversification agricole qui marquera l’âge d’or de l’ananas.

Une activité spatialement plus diffuse par la politique de diversification agricole à partir de 1970

L’année 1970 marque le début de l’âge d’or de la production de l’ananas en Côte d’Ivoire. Beaucoup d’initiatives (naissance de la Société de Développement des Fruits et Légumes (SODEFEL)) sont mises à la disposition de cette activité et plusieurs localités s’adonnent à l’activité (carte 3).


Carte 3
Situation de l’activité à partir de 1970
Source : BNETD, 2000 / Orstom, 1978 / MINAGRI, 1970.

Les localités du centre de la Côte d’Ivoire jusque-là mises en marge de l’ananas-culture commencent à la pratiquer. Cependant on note de grandes disparités sur l’ensemble du territoire ivoirien. Sur les sept (7) nouvelles localités pratiquant l’ananas-culture seulement, une seule (Bouaké où l’on produit l’ananas-export) se trouve dans le centre du pays. Les zones du nord, l’ouest et de l’est sont toujours en marge de cette culture. Abidjan et son périmètre concentrent entièreté de l’activité. Les raisons justifiant cette armature se résument en l’existence des conserveries et la proximité du port d’Abidjan.

Le besoin de l’ananas sur le marché européen contraint les conserveries à produire plus (la Côte d’Ivoire étant le premier fournisseur sur le marché européen). Une réorganisation du mode de production des petits planteurs est alors envisagée à travers la Société de Développement des Fruits et Légumes (SODEFEL). Cette structure regroupe les petits planteurs jusque-là disséminés dans les terroirs sur des blocs de culture mécanisée en les organisant en Groupements à Vocation Coopérative (GVC) (Colin, 1984). Le tableau ci-après rend compte de l’impact de la SODEFEL sur la production de l’ananas.

Tableau 1
Volume de production de l’ananas suite à la création de la SODEFEL

Source : Minagri, 1975-2012, FAOSTAT, 2016.

Avec la mise sur pied de la Société de Développement des Fruits et Légumes (SODEFEL) en 1970, l’ananas sous ses deux formes a connu une nette augmentation de 1970-1980. Cette structure de par son rôle d’encadrement a permis pour la première fois, à la Côte d’Ivoire de produire plus de 100 000 tonnes d’ananas.

Cette période marque aussi la création d’une autre conserverie dénommée Société Ivoiro-Allemande de Conserves d’Ananas (SIACA) à Bonoua en 1970. En effet, plusieurs membres de la communauté de Bonoua créent une association locale (AREBO : Association Régionale d’Expansion Économique de Bonoua) afin de moderniser la région (Woods, 2014). L’association travaille en étroite collaboration avec la coopérative rurale, la Société Coopérative Agricole de Bonoua (SOCABO), créée en 1968, pour améliorer la qualité et la quantité d’ananas sortant de la région bien qu’elle soit une coopérative agricole créée pour aider les petits producteurs. L’Association Régionale d’Expansion Économique de Bonoua (AREBO) et la Société Coopérative Agricole de Bonoua (SOCABO) s’unissent et mettent sur pied la conserverie de Bonoua (Société Ivoiro-Allemande de Conserves d’Ananas (SIACA)). Cette nouvelle conserverie visait à concurrencer la conserverie pionnière qui est la SALCI (Société Alsacienne de Côte d’Ivoire). Cette ouverture renforce la prépondérance de la région dans la production de l’ananas de conserve. Cependant l’entrée en scène dans les années 1990 de la variété Extra Sweet (MD2) des pays latino-américains inhibe la variété Cayenne Lisse de la Côte d’Ivoire. Cela entraine la disparition de l’ananas de conserve à partir de 1985 au profit de l’ananas d’export. L’effondrement du secteur ananas de conserve et la disparition des usiniers SALCI et SIACA conduisent à un développement sans précédent de l’ananas-export. La politique de diversification a été le moyen le plus important de la diffusion spatiale de l’activité liée à l’ananas. L’identification de « cultures-drapeaux » afin de limiter l’excessive influence du binôme café-cacao va permettre à l’ananas de connaitre un développement spectaculaire. Elle devient comme un remède aux différentes crises que subissent les cultures référentielles de la Côte d’Ivoire (café, cacao). Malheureusement, l’entrée en scène sur le marché international des pays latino-américains va impacter durablement l’ananas ivoirien au point d’une nouvelle configuration spatiale de l’activité à partir de 2000.

Un rétrécissement spatial des zones de production à partir de 1995

L’ananas ivoirien supporte mal la concurrence. En effet, la variété référentielle ayant permis à la Côte d’Ivoire d’occuper une place quasi monopolistique sur les marchés semble ne plus être du goût du consommateur européen. La nouvelle variété MD2 jugée plus sucrée et soumise à un itinéraire technique moins à risque pour le consommateur supplante amplement la variété Cayenne Lisse de la Côte d’Ivoire. Cette descente aux enfers (le volume de production passe de 3 121 56 t en 1978 à 209 628 t en 1995) entraîne un désengouement chez les petits producteurs disséminés dans les terroirs. Désormais, l’ananas perd son prestige et on le fustige même au point où bon nombre de producteurs songent aux reconversions agricoles. Cependant les bénéfices engrangés de cette activité ont permis le développement de beaucoup de lieux. Les témoignages de cette époque glorieuse de l’ananas dans la ville de Bonoua dans le sud-Comoé ne souffrent d’aucune contestation. Les effets positifs poussent les planteurs à croire au miracle d’une relance. Malheureusement, ces initiatives de relance ne viennent pas à bout de la crise qui jalonne le secteur en dépit des subsides qu’accorde l’Union Européenne à l’ananas-culture à travers le septième Fonds Européen de Développement (FED). Le 7e FED ananas devait permettre à l’ananas de Côte d’Ivoire de se repositionner sur les marchés européens. Au vu des résultats on pensait que la production ivoirienne renouait à la fois avec la qualité et la quantité. Mais le retrait des subsides étrangers a eu raison de cette promotion trop spectaculaire. La Côte d’Ivoire ne semblait pas disposée à assurer la relève ni les Organismes professionnels qui devaient assurer la relève. Depuis lors la stagnation des initiatives, la morosité des mesures et le manque de jeux francs ont conduit l’ananas-culture à son plus bas niveau. La carte ci-après donne un aperçu du bilan géographique de la situation de l’activité en 1995.


Carte 4
Situation de l’activité jusqu’en 1995
Source : BNETD, 2000 / OCAB, 1993 / MINAGRI, 1990.

À partir de 1990, la nouvelle configuration des localités s’adonnant à la production de l’ananas est très faible. En effet, l’activité croupit sous une crise de mévente de la production du fruit ivoirien sur les marchés internationaux. Les revers de cette situation contraignent bon nombre de petits planteurs à abandonner l’activité au profit d’autre culture. Ainsi, plusieurs localités perdent leur statut, et l’ananas-culture ne devient que l’apanage des localités du sud forestier. Six localités (Ono-salci, Adiaké, Bonoua, Sikensi et Tiassalé) se dégagent véritablement de cette nouvelle configuration. Les zones pionnières telles Ono-salci et Tiassale continuent d’exercer l’activité en délaissant la production de conserves au profit de l’ananas-export. Le projet de relance initié par l’union Europénne (7eme FED ananas) dont les objectifs visaient à un rehaussement quantitatif et qualitatif des volumes de production d’ananas n’a malheursement pas permis une relance aux échelles géographiques grandes. Les acteurs locaux à travers les organisations professionnelles et faitières qui devaient assurer la continuité des inititaives de relance ont connu aussi des échecs. Ces faitières censées pérenniser la survie de l’ananas-culture se sont plutôt illustrées à mener des guerres de conductorat afin de bénéficier des subsides exogènes. Dans un contexte de manque de confiance dans leurs différentes organisations agricoles, couplé au manque de financement de leurs activités, les petits producteurs d’ananas qui jusque-là animaient considérablement l’activité se sont retrouvés à faire d’autres cultures tels le manioc, l’hévéa. La production de l’ananas passe dans la majeure partie des cas surtout dans le sud forestier aux mains des migrants agricoles (principalement les Burkinabé). l’ananas-culture commence à devenir une activité marginale ou de complément. Plusieurs planteurs la suppriment au profit de nouvelles cultures jugées plus attrayantes financièrement.

État actuel de la production de l’ananas-culture : Le sud forestier demeure la boucle de production

La production de l’ananas reste toujours cantonnée dans le sud forestier. L’occupation actuelle du site de la défunte Société Alsacienne de Côte d’Ivoire SALCI (SALCI), pionnière de la production de l’ananas de conserve en 1949 par la Société de commercialisation de l’ananas et banane (SCB), spécialisée dans l’ananas-export, redynamise la production des petits planteurs surtout des migrants agricoles installés pêle-mêle dans les terroirs des sous-préfectures de Bonoua et Bongo. La SCB met sur pied une production très mécanisée de la variété Extra Sweet (MD2), laquelle variété a englouti la Cayenne Lisse, autrefois le label ivoirien sur les marchés internationaux. L’introduction d’une nouvelle variété va entrainer une reprise plus ou moins timide chez les petits producteurs.


Carte 5
Localisation actuelle de l’ananas-culture
Source : BNETD, 2000 / Orstom, 1973 / OCAB, 2000.

De nouveaux circuits d’exportation (vers de noueaux pays occidentaux) impliquant de nouveaux acteurs se mettent en place. La production de l’ananas bien que dandinant offre un large spectre de possibilités financières et suscite par endroit parfois des ébauches de relance à grande échelle. Malheureusement dans cette nouvelle configuration, la production villageoise et la SCB n’entretiennent pas de liens officiels comme l’a fait la SALCI en soutenant la petite production villageoise de l’ananas. Cependant, les petits producteurs de façon indirecte bénéficient des retombées de la production industrielle en matériel végétal, intrants et autres éléments importants. La carte 5 montre la situation géographique actuelle de l’ananas-culture en Côte d’Ivoire.

La production actuelle de l’ananas en Côte d’Ivoire reste cantonnée dans le sud forestier. On retrouve dans l’ensemble les localités pionnières ayant permis la diffusion de l’activité. Cependant, on observe une stagnation de la boucle de l’ananas dans le Sud ivoirien sans réellement amorcer une diffusion spatiale aussi importante à l’instar du cacao. Les incessantes crises qui ont jalonné l’activité ont sans doute entrainé un profond désengouement chez les petits producteurs. La mise sur pied d’un marché local en fruits pousse les petits producteurs surtout les étrangers à pratiquer l’activité. En l’état actuel, l’ananas-culture villageoise est devenue une activité marginale ou de complément. Elle est pratiquée dans la majeure partie des cas sur des petits espaces et/ou sur des parcelles dédiés à la culture de palmier à huile ou à l’hévéaculture.

Discussion

La mise en service de la Salci (Société Alasacienne de Côte d’Ivoire) en 1949 à Ono-Salci marque le début de la production de l’ananas en Côte d’Ivoire. Colin (1983) soulignera à cet effet que deux principales conserveries dont celle d’Ono-Salci, celle de Tiassalé (1952) et celle d’Abidjan (1983) vont signifier le départ d’une activité principalement localisée dans le sud forestier. Cette localisation qui n’est point le fruit d’un hasard s’inscrit dans une sorte de géographie volontaire comme le mentionne Hauhouot (2002). Pour lui, la fragilité de l’ananas nécessite une activité dans un rayon de 100 kilomètres d’Abidjan et de son port. Cette rente en situation facilite aussi l’exportation du fruit vers les marchés européens comme le fait constater Zoukou (1990). En somme l’entièreté des installations implantées dans le sud forestier repose principalement sur l’installation des équipements de production d’une part et d’autre part sur un facteur climatique favorable. C’est ce que partagent Dabin et al (1960). A cet effet, Cnra (2005) faisait observer que la plante d’ananas pour un développement appréciable a besoin d’une moyenne pluviométrique annuelle supérieure à 1500 mn. La zone du sud forestier remplit amplement cette exigence. A cela s’ajoute aussi une bonne insolation dont le déficit conduit à des conséquences désastreuses au niveau qualitatif (Cirad, 2018). Le développement de l’ananas-culture dans plusieurs localités est l’apanage aussi de facteurs sociopolitiques. Pour Boni (1982), les incidences diplomatiques d’alors entre la France et la Guinée en 1958 induit l’installation de plusieurs planteurs blancs autrefois installés en Guinée. C’est le début de la production du fruit vert, causant ainsi un bouleversement de la production de l’ananas de conserve. A côté de cela s’ajoute la politique de diversification agricole qui marque un tournant important de l’activité. La période 1960-1970 marque le développement géographique de l’activité. L’activité crée un engouement sans précédent chez les populations au point où Coulibaly (2005) fait savoir que dans la ville de Bonoua, l’installation d’institutions financières modernes telles que la Société Générale de Banque de Côte d’Ivoire (SGBCI), la Coopérative d’Épargne et de Crédit (COOPEC) et la Société Ivoirienne de Poste et d’Épargne (SIPE) au succès de l’ananas. Malheureusement, à partir de 2000, la production d’ananas subit de plein fouet la concurrence latinoaméricaine au point où la Côte d’Ivoire perd sa place quasi monopolistique sur les marchés occidentaux. C’est ce que fait remarquer Oura (2013), pour qui les performances de l’ananas-export vont être mises en difficulté par la trop grande exigence du marché international et la concurrence des producteurs latinoaméricains. Ce qui conduit à l’arrêt des unités de transformation.

Conclusion

Au terme de cette étude, il faut retenir que l’ananas-culture en Côte d’Ivoire remonte à l’époque coloniale à travers une production mécanisée d’ananas de conserve via trois conserveries. Cette activité principalement localisée dans le sud forestier obéit à un certain nombre de critères (présence du port autonome d’Abidjan, conditions climatiques favorables). À la faveur de la politique de diversification agricole en 1970, l’ananas-culture est plébiscitée et connaît une diffusion spatiale remarquable. Un engouement pour l’activité s’observe dans plusieurs localités du sud et pour la première fois le centre du pays y pratique. Cependant, la concurrence qu’infligent les pays latino-américains à partir de 1980 induit une sévère crise à la filière ivoirienne. La production de l’ananas de conserve à partir de la variété Cayenne Lisse va être abandonnée au profit de l’ananas-export. Au niveau des espaces de production, Il s’en suit un abandon progressif de l’activité au profit de nouvelles cultures telles le manioc, l’hévéaculture, etc. L’ananas est désormais une affaire d’un groupuscule de localités parsemées dans le sud forestier ivoirien. La boucle de production est restée figée dans le sud forestier ivoirien. Ce qui renforce davantage la crise que connaît ce secteur. Dans cette optique, la Côte d’Ivoire n’est-elle pas en train de s’orienter vers un déclin irréversible de cette activité ?

REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES

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